Faut-il vraiment isoler son chauffe-eau ?

Faut-il vraiment isoler son chauffe-eau ?

Un chauffe-eau maintient deux cents litres d’eau à soixante degrés, jour et nuit, y compris quand personne ne s’en sert. Cette chaleur qu’il perd sans cesse s’appelle la perte statique, et vous la payez intégralement. La question n’est donc pas de savoir si un ballon perd de la chaleur, mais si le vôtre en perd assez pour qu’une jaquette soit rentable.

La réponse dépend de deux choses : l’âge de l’appareil et l’endroit où il se trouve.

Pourquoi un ballon récent n’a rien à gagner

Les chauffe-eau électriques vendus aujourd’hui sortent d’usine avec plusieurs centimètres de mousse de polyuréthane injectée entre la cuve et l’habillage. Cette isolation est continue, sans jonction, et son épaisseur est calculée pour respecter les seuils de performance réglementaires. Ajouter une couverture par dessus l’habillage revient à isoler quelque chose de déjà isolé : le gain est réel mais faible, souvent trop faible pour justifier l’achat.

Les modèles anciens, en revanche, se contentaient parfois d’une mince couche de laine, voire de rien du tout sur les cuves les plus vieilles. Sur ceux-là, la surface de l’habillage est nettement tiède au toucher, et c’est votre meilleur indicateur. Posez la main à plat sur le flanc du ballon : si vous sentez une chaleur franche, il y a de la perte à récupérer. Si l’habillage est à la température de la pièce, laissez-le tranquille.

L’endroit change tout

Un ballon perd d’autant plus de chaleur que l’air autour de lui est froid. Placé dans un cellier chauffé, ou dans un placard au coeur du logement, il restitue ses pertes à l’intérieur du volume chauffé : cette chaleur n’est pas perdue, elle chauffe la maison. En hiver, elle vous économise du chauffage.

Placé dans une cave, un garage ou un cellier hors gel, il chauffe un volume dont vous n’avez cure. Là, chaque calorie perdue l’est vraiment. C’est le seul cas où une jaquette isolante se rembourse rapidement, et c’est aussi le cas où il faut penser aux tuyaux qui en sortent, souvent plus déperditifs que la cuve elle-même sur les premiers mètres.

Ce qu’il ne faut jamais recouvrir

Jaquette isolante sur un chauffe-eau : les zones à couvrir et celles à laisser libres Le dessus d'abord la chaleur monte, et c'est la face qu'on oublie Jaquette sur les flancs sans la comprimer : c'est l'air immobile qui isole À NE JAMAIS COUVRIR trappe du thermostat, groupe de sécurité Un ballon récent est déjà isolé en usine. Posez la main dessus : s'il est tiède, il y a à gagner.
Le dessus du ballon est la face la plus chaude, et celle qu'on oublie.

Un chauffe-eau électrique porte, en partie basse, une trappe qui donne accès au thermostat et à la résistance. Elle doit rester atteignable, et surtout ventilée : la coiffer d’isolant fait monter la température de l’électronique et fausse la régulation. Le groupe de sécurité, cette petite pièce en laiton d’où part un tuyau d’écoulement, doit rester visible et manoeuvrable, parce qu’il faut l’actionner régulièrement et qu’il signale par sa fuite les surpressions.

Sur un chauffe-eau thermodynamique, la règle change complètement : l’appareil aspire l’air ambiant pour en extraire des calories. Ses grilles, ses gaines et son groupe supérieur doivent rester parfaitement dégagés. Un ballon thermodynamique emmailloté d’isolant fonctionne moins bien, pas mieux. La même logique vaut pour un ballon relié à une chaudière, dont les piquages et la vanne doivent rester accessibles.

Comment poser une jaquette correctement

La jaquette s’enroule autour de l’habillage, face isolante contre la tôle, et se referme par des sangles ou du ruban adhésif d’aluminium. On la découpe autour des piquages hydrauliques et de la trappe. Il ne faut pas la comprimer : un isolant écrasé perd la moitié de sa résistance, puisque c’est l’air immobile emprisonné dedans qui isole.

Le dessus du ballon mérite une attention particulière. La chaleur monte, la face supérieure est la plus chaude, et c’est souvent celle qu’on oublie parce qu’elle est hors de vue. Une découpe soignée du disque supérieur, avec des passages propres pour les tuyaux, apporte plus que dix centimètres de jaquette sur les flancs. Le même principe gouverne tous les petits gestes d’isolation : c’est la continuité qui produit le résultat, pas l’épaisseur.

Une fois le ballon traité, les tuyaux qui en partent méritent le même soin, et pour un coût dérisoire. C’est un autre chapitre des fuites thermiques oubliées, souvent le plus rentable de tous.

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